Comment réduire l'empreinte carbone des hébergements touristiques

Un gérant de camping croyait bien faire avec ses affichettes et panneaux solaires, mais 40 % de son budget énergie partait dans des climatiseurs non isolés. Et si les vrais postes d'émission n'étaient pas ceux qu'on croit ?

Comment réduire l'empreinte carbone des hébergements touristiques

Un gérant de camping dans les Cévennes m'a montré sa facture d'électricité l'été dernier. 14 000 € sur la saison, pour 28 emplacements et 12 mobil-homes. Il était persuadé de faire attention. Il avait des affichettes "économie d'eau" dans les sanitaires, des bacs de tri partout, des panneaux solaires thermiques pour les douches. Et il brûlait 40 % de son budget énergie dans des climatiseurs installés en 2011, dans des mobil-homes que personne n'avait isolés depuis.

Voilà le vrai sujet quand on parle de réduire l'empreinte carbone des hébergements touristiques : l'écart entre les gestes visibles et les postes qui pèsent réellement. Je l'ai mesuré sur mon propre gîte en 2022, puis sur cinq établissements que j'ai accompagnés depuis. Le classement des priorités n'a rien à voir avec ce qu'on lit d'habitude.

Points clés à retenir

  • Sur une nuitée, le chauffage et l'eau chaude sanitaire pèsent souvent plus que tout le reste réuni.
  • Mesurer avant d'agir : sans bilan carbone, on investit dans les affichettes, pas dans l'isolation.
  • Le petit-déjeuner et le linge sont les deux postes les plus sous-estimés par les hôteliers.
  • Les gestes de sensibilisation clients ne servent à rien s'ils ne sont pas accompagnés d'un changement d'équipement.
  • La rénovation énergétique reste le levier au meilleur retour sur investissement carbone, malgré son coût initial.

Combien pèse vraiment une nuit à l'hôtel ?

La question qu'on me pose le plus souvent, quand je présente un atelier sur la transition écologique dans le tourisme : "une nuit d'hôtel, ça représente quoi ?" Réponse honnête : ça dépend énormément du type d'établissement, mais l'ordre de grandeur est plus élevé qu'on ne le croit.

Un ordre de grandeur par type d'hébergement

Les valeurs varient d'un facteur dix selon le mode de chauffage et la région. Voici ce que j'ai reconstitué à partir de mes propres relevés et de ce que m'ont transmis les établissements que j'ai suivis, rapporté à une nuitée par personne :

Type d'hébergement Fourchette indicative (kg CO₂e/nuit/pers.) Poste dominant
Camping en tente 1 à 3 Eau chaude sanitaire
Mobil-home non isolé, climatisé 8 à 15 Climatisation
Gîte rural bien isolé 3 à 6 Chauffage
Hôtel 2-3 étoiles 6 à 12 Chauffage + linge
Hôtel haut de gamme avec spa 15 à 30 Eau chaude + piscine

Ces chiffres ne valent que pour l'exploitation du bâtiment. Ils n'incluent ni le transport du client, ni son alimentation. Une nuit d'hôtel, en soi, ce n'est pas énorme. Le problème, c'est l'accumulation.

Le transport écrase tout le reste, mais ce n'est pas une excuse

La partie transport représente l'essentiel de l'empreinte du tourisme français, bien au-delà de la moitié. Un aller-retour Paris-Nice en avion, c'est à peu près 400 kg de CO₂ par personne. Trente nuits d'hôtel économisées ne compensent pas ça. C'est un fait, et beaucoup d'hôteliers s'en servent pour ne rien faire.

Je trouve cet argument paresseux. Un établissement qui divise sa facture énergétique par deux ne rend pas le vol plus vertueux, mais il réduit sa propre dépendance à des prix qui, eux, ne baissent pas. La facture de mon gérant cévenol a grimpé de 60 % en trois ans. Ce n'est pas la planète qui l'a mis en difficulté, c'est le kWh.

Mesurer avant d'agir : l'étape que tout le monde saute

Combien de fois ai-je vu un hôtelier commander un audit "pour la subvention" sans jamais lire les résultats ? Trop. Et moi le premier : en 2021, j'ai fait installer des pommeaux de douche économes dans mon gîte avant même de savoir que ma chaudière tournait à 55 °C en permanence. J'ai gagné 4 % sur l'eau chaude. J'aurais pu gagner 25 % en réglant correctement la température de départ.

Mesurer avant d'agir : l'étape que tout le monde saute

Quels outils pour un premier diagnostic

Pas besoin d'un cabinet à 15 000 € pour démarrer. Trois niveaux suffisent :

  • Le relevé de vos compteurs sur 12 mois glissants, ramené au nombre de nuitées vendues. C'est gratuit et ça révèle déjà 80 % des anomalies.
  • Un bilan carbone simplifié sur les scopes 1 et 2 (combustion sur site et électricité achetée), réalisable en interne avec un tableur.
  • Un accompagnement externe uniquement si vous visez une rénovation lourde ou une labellisation.

Sur les cinq établissements que j'ai suivis, quatre ont découvert une fuite ou un dysfonctionnement majeur dès la première lecture des compteurs. Un chauffe-eau qui tournait en veille toute l'année sans que personne ne remarque rien. Un local technique chauffé à 22 °C en plein hiver pour éviter que les canalisations gèlent.

Résultat : rien. Aucun de ces problèmes n'avait coûté un centime de communication. Tous coûtaient des milliers d'euros par an.

Quelles sont les solutions pour réduire son empreinte carbone ?

Les solutions réellement efficaces se classent dans un ordre précis, et il faut les traiter par ordre de poids : d'abord l'enveloppe du bâtiment et le chauffage, ensuite l'eau chaude sanitaire, puis l'éclairage et les équipements, et seulement en dernier lieu les gestes d'usage. Concrètement, sur le bâti : isolation des combles et des planchers bas, remplacement des chaudières fioul et gaz par des pompes à chaleur ou du solaire thermique, programmation du chauffage par zone et par plage horaire. Sur l'eau chaude, un simple limiteur de température en sortie de ballon et des mitigeurs thermostatiques font plus que toutes les affichettes du monde.

Le piège classique, c'est de commencer par le haut de cette liste inversé. Les kits de sensibilisation fournis aux clients, c'est bien. Ça change une culture. Ça ne change pas une facture.

Les deux postes que personne ne regarde

Le petit-déjeuner, d'abord. Sur un hôtel que j'ai accompagné l'an dernier, la restauration et le petit-déjeuner représentaient environ un cinquième de l'empreinte totale de l'établissement, avec une part importante liée au gaspillage. Du pain jeté chaque matin, des produits importés hors saison, des portions standardisées alors que la clientèle variait du simple au triple selon les jours. Un buffet à volonté mal calibré, c'est du CO₂ dans la poubelle.

Les deux postes que personne ne regarde

Le linge, ensuite. Un hôtel qui change le linge de lit tous les jours pour 60 chambres consomme plusieurs centaines de litres d'eau par jour rien qu'en blanchisserie, sans compter le chauffage de cette eau. La fameuse politique "serviettes suspendues" est loin d'être un gadget. Elle fonctionne quand elle est expliquée autrement que par une petite carte plastifiée. Mon meilleur taux de participation, je l'ai obtenu en expliquant simplement, à l'accueil, combien de litres d'eau une serviette de bain représente. Les clients ne sont pas dupes, ils sont mal informés.

Quel est l'impact environnemental d'un séjour à l'hôtel ?

Un séjour à l'hôtel a un impact qui se répartit principalement sur quatre postes : le chauffage et la climatisation, l'eau chaude sanitaire, la blanchisserie et la restauration, auxquels s'ajoute la consommation d'eau et la production de déchets. Sur une nuit classique, le chauffage et l'eau chaude dominent, généralement à plus de la moitié du total. Les déchets et l'éclairage arrivent loin derrière, même si ce sont les plus visibles pour le client.

Quelles sont les solutions pour améliorer le tourisme ?

La question dépasse l'établissement, et c'est là que ça devient intéressant. Un hébergement isolé peut faire tous les efforts du monde : si la clientèle arrive en avion pour un week-end de deux nuits, le bilan reste catastrophique. J'ai fini par en tirer une conviction un peu radicale : le premier levier carbone d'un hébergement, c'est la durée du séjour et le mode d'accès. Pas les ampoules LED.

Comment on agit concrètement ? Proposer un tarif dégressif sur la durée, communiquer sur la gare la plus proche plutôt que sur l'aéroport, organiser une navette depuis la gare, arrêter de vendre un week-end de deux nuits à un client qui vient de l'autre bout de l'Europe. Sur un établissement que j'ai suivi, l'allongement de la durée moyenne de séjour de 2,1 à 3,4 nuits a fait baisser l'empreinte par nuitée d'environ 20 %, à service identique. Rien que par la mutualisation du linge, du ménage et de l'éclairage des parties communes.

Il y a aussi la question du financement. Des dispositifs d'aide à la transition existent côté agences de l'État et collectivités, et le calendrier 2026 reste favorable pour les rénovations énergétiques d'hébergements classés. Je n'ai pas de montant fiable à vous donner ici, mais je sais qu'un dossier monté avec un bilan carbone en main passe infiniment mieux qu'une demande rédigée à l'emporte-pièce. C'est même la seule raison valable de faire ce bilan quand on hésite encore.

Trois erreurs que j'ai faites, et que vous pouvez éviter

La première : investir dans le visible. Panneaux photovoltaïques sur le toit avant d'isoler les combles. Les panneaux produisent, la chaleur s'échappe. J'ai mis deux ans à rentabiliser une installation qui aurait dû en mettre un.

La deuxième : croire que la sensibilisation du personnel suffit. J'ai organisé une réunion sur les écogestes avec mon équipe de ménage. Six mois plus tard, rien n'avait changé. Le problème n'était pas la motivation, c'était que le protocole de ménage ne prévoyait pas de couper le chauffage en aérant, et que personne n'avait le temps de le faire autrement. On corrige un processus, pas une conscience.

La troisième, et la plus coûteuse : avoir attendu. J'ai repoussé le remplacement de mon chauffe-eau deux saisons en me disant que le budget ne suivrait pas. Les deux hivers de surconsommation ont coûté plus cher que le remplacement. Voilà, c'est dit.

Réduire l'empreinte carbone d'un hébergement touristique, au fond, ce n'est pas une affaire de bonne volonté affichée. C'est un exercice de tri : distinguer ce qui se voit de ce qui pèse. La prochaine fois que vous visiterez un hôtel "éco-responsable", demandez donc à voir la température de départ de la chaudière. La réponse en dira plus long que toute la signalétique de l'accueil.

Fabien Rousseau
AUTEUR

Fabien Rousseau est journaliste spécialisé dans les questions de bilan carbone, de changements climatiques et de développement durable, domaines qu'il couvre depuis plus de quinze ans. Son travail l'a amené à enquêter sur les politiques énergétiques, les stratégies bas-carbone des collectivités et les innovations en matière de sobriété environnementale. Il aborde ces sujets avec une exigence de précision et une distance critique, privilégiant l’analyse des données et des mécanismes complexes plutôt que les discours militants.

Voir tous les articles ›