Lettre du 13 avril 2020 au Président

Ce soir vous allez nous parler, & évoquer le court terme – la durée de prolongement du confinement – & le plus long terme, quelles perspectives pour le post confinement.
Sur l’avenir proche, merci pour vos indications temporelles qui nous permettront de nous situer dans cette dimension si importante.
Sur le futur post confinement, je vous demande de ne pas parler d’un retour à la normale ou d’un redémarrage. Lors d’une de vos précédentes allocutions, vous avez indiqué ” (devoir)…tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour”.
Nous y sommes.
Nous avons devant nous le champs des possibles, l’un d’eux étant -pour prendre des exemples un peu caricaturaux- un monde où un plan de soutien à la publicité est une mesure d’urgence selon une députée de la majorité, où les compagnies aériennes sont refinancées malgré leurs énormes externalités négatives, où les lois & objectifs environnementaux sont “assouplis” pour ne pas pénaliser les constructeurs automobiles, où le temps de travail est rallongé, les RTT & congés rabotés, dans un énorme effort national pour soutenir la croissance & faire grossir le PIB…
Une vision différente est de procéder à un nouveau départ, au lieu de redémarrer. Un élan nouveau pour une organisation sociétale en cohérence avec les limites planétaires. Peu importe que la France soit la seule ou la première à s’engager dans cette voie, les autres pays suivront. Si nous ambitionnons réellement de rester sous les 2° de réchauffement, un redémarrage comme celui après 2008 – c’est-à-dire au détriment de notre espace d’habitat qu’est la terre- n’est pas envisageable.
Il est probable que la croissance économique, via la déforestation qui nous a mis en contact avec de nouveaux virus, soit une cause de la pandémie que nous vivons. La pollution, par le biais des particules fines notamment, semble avoir contribué à son développement en facilitant sa transmission. La mortalité, elle, a été exacerbée par une vision du fonctionnariat en général, & un système sanitaire en particulier, en tant que “charge”, or nous avons vu que c’est une “chance” d’avoir un personnel engagé au risque de sa vie pour soigner les autres dans des conditions si précaires.
Nous sommes dans une situation parfaite pour l’application de ce que Naomi Klein définit comme le capitalisme du désastre; je vous propose un renversement de cette formule, & vous demande de nous sortir du désastre du capitalisme. Je ne fais pas de cela un débat idéologique sur le plan politique, mais uniquement en partageant avec vous une nouvelle fois que:
1. une foi en une croissance infinie,
2. une vision tronquée où les ressources naturelles sont gratuites donc notre planète n’a aucune valeur
Ces deux préceptes, au-delà de leur inexactitude, ne sont plus adaptées à nos besoins sociétaux. Nous devons nous unir autour de la vision d’un monde avec un risque moindre de faire jaillir une autre pandémie de ce type, donc plus respecter les ressources naturelles & la biodiversité. Si toutefois un autre virus semblable apparait, nous nous devons d’être mieux équipés pour soigner les nôtres – en effet, si nous vivons en société c’est quand même pour prendre soin des plus faibles, des plus âgés. Pour illustrer cela, est-ce acceptable, est-ce sensé de moins bien rémunérer (c’est-à-dire en tant que symbolique de gratitude & reconnaissance sociale) aux infirmiers ou aux enseignants que des cadres en télétravail sur -pardonnez moi l’expression – des “bullshit jobs”?
Par conséquent, je vous demande de fédérer la nation autour d’objectifs sociétaux, environnementaux & de développement qui soient en cohérence avec nos limites planétaires. Si cela doit passer par des “réajustements” comme des faillites de compagnies aériennes ou des baisses de production d’automobiles thermiques, cela sera une manifestation du côté disruptif de notre projet, “la France – une société en cohérence”.
Alignons nos objectifs avec les propositions en cours de finalisation par la convention citoyenne pour le climat. Dans les prochaines décennies, nous pourrons alors être fiers d’avoir fait partie de la génération historique, qui a su tirer les leçons de cette période tragique, pour s’aligner sur une trajectoire qui promeut le développement sociétal & économique dans le respect des limites planétaires.
Avec mes respects citoyens, 

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