Le COVID-19, virus de l’intelligence humaine

Bruno Latour l’a dit : « si nous ne faisons rien de cette crise, elle sera gâchée ». A une époque où l’efficacité c’est l’action, la contrainte physique de cette crise nous permet l’opportunité de nous asseoir et de réfléchir…. Réfléchir et prendre le temps de l’action juste… un premier pas vers l’écologie intégrale ?

réflexion 1. La responsabilité individuelle à l’épreuve

Un effet du terrible virus covid-19 se développe depuis plusieurs jours au niveau crânien chez de nombreux sujets. Ce symptôme apparait plutôt chez des personnes non affectées par le covid… Anticorps naturel ou mécanisme de défense, le « syndrome du bouc-émissaire » de propage aujourd’hui plus vite que le virus, touchant visiblement souvent le même profil : homme d’âge mûr, sûr de lui et de son fait, soufflant, grondant, accusant tous les autres d’attenter à sa vision du monde (la coupe de cheveux et la cravate n’ont pas été confirmées à ce jour comme facteurs discriminants)[1].

Doit-on craindre une seconde pandémie ? Quel est le risque et comment s’en protéger ?


[1] Ndlr : vous vous sentez choqué car vous correspondez à une petite partie du portrait (vous êtes un homme, par exemple)… ? Retournez-vous et regardez par qui est dirigé votre direction d’entreprise ? Vous voyez une similitude ? Ça vous avez choqué avant ? Bienvenu dans les yeux d’un autre (ça pique un peu parfois…ce n’est pas plus la réalité… juste un autre regard)

« Je pense donc je suis » ou la conscience conscientisée individuelle mais collective

Certains le disent, ce qui définit le mieux l’être humain et le différencie définitivement des animaux, c’est la conscience. Avec la conscience vient donc le besoin de sens. Ainsi, les souvenirs du passé, les projections du futur, l’accès à l’information et aux connaissances s’agrègent aux perceptions reçues par son être physique dans le présent pour permettre à l’humain se construire une image « réfléchie » (au sens miroir) du monde.

Cette conscience, cette pensée continue, pousse l’humain à échafauder sans cesse des constructions mentales, à expliquer pour comprendre ; à comprendre pour se rassurer et trouver des solutions dans le monde réel (mais dans lequel ?). Car le monde est si vaste et les informations si nombreuses, que l’humain doit trouver un moyen de « gérer » l’infini. Pour cela, il a créé les catégories, les généralités, les étiquettes.  Faire cela permet à chaque être humain de répondre avec un minimum d’énergie, par « habitude », dans cette image mentale du monde qu’il s’est construite.

Dans l’actualité du moment, où les êtres humains sont, encore plus peut-être que d’habitude, caractérisés par leur fonction (journalistes, des médecins, des politiques… et aussi boulanger, éboueur, caissier, toutes ces personnes qui sont devenues le centre de votre vie sociale), on oublie que sous chaque habit il y a un être humain, et que cet être humain vit dans un monde qui n’est pas le vôtre…

Chacun vous raconte sa vérité. Qu’il soit de bonne foi ou pas n’est pas le sujet…

Et vous-même aujourd’hui, vous essayez de construire une nouvelle représentation du monde en intégrant et rejetant les vérités d’autres êtres humains, pour reconstruire le puzzle de votre univers. Et tout le monde vous le dira, en temps de confinement : faire un puzzle, ça occupe !

« Je pense donc je suis » ou la conscience conscientisée individuelle mais collective

Certains le disent, ce qui définit le mieux l’être humain et le différencie définitivement des animaux, c’est la conscience. Avec la conscience vient donc le besoin de sens. Ainsi, les souvenirs du passé, les projections du futur, l’accès à l’information et aux connaissances s’agrègent aux perceptions reçues par son être physique dans le présent pour permettre à l’humain se construire une image « réfléchie » (au sens miroir) du monde.

Cette conscience, cette pensée continue, pousse l’humain à échafauder sans cesse des constructions mentales, à expliquer pour comprendre ; à comprendre pour se rassurer et trouver des solutions dans le monde réel (mais dans lequel ?). Car le monde est si vaste et les informations si nombreuses, que l’humain doit trouver un moyen de « gérer » l’infini. Pour cela, il a créé les catégories, les généralités, les étiquettes.  Faire cela permet à chaque être humain de répondre avec un minimum d’énergie, par « habitude », dans cette image mentale du monde qu’il s’est construite.

Dans l’actualité du moment, où les êtres humains sont, encore plus peut-être que d’habitude, caractérisés par leur fonction (journalistes, des médecins, des politiques… et aussi boulanger, éboueur, caissier, toutes ces personnes qui sont devenues le centre de votre vie sociale), on oublie que sous chaque habit il y a un être humain, et que cet être humain vit dans un monde qui n’est pas le vôtre…

Chacun vous raconte sa vérité. Qu’il soit de bonne foi ou pas n’est pas le sujet…

Et vous-même aujourd’hui, vous essayez de construire une nouvelle représentation du monde en intégrant et rejetant les vérités d’autres êtres humains, pour reconstruire le puzzle de votre univers. Et tout le monde vous le dira, en temps de confinement : faire un puzzle, ça occupe !

Je pense donc c’est la faute de l’autre ou « La stratégie du Bouc-émissaire »

Utilisons maintenant cette fabuleuse capacité humaine à intégrer dans son cerveau des moments de vie passées pour les faire revenir dans le présent : souvenez-vous…

« Vous êtes dans la cour de l’école, vous avez 7 ans, vous êtes assis avec des amis en pleine discussion (au choix : sur partage de billes, pokemon, beyblade ou pogs), et là : vous vous prenez un ballon en pleine face (outch !). Le choc passé, vous voyez vos amis déjà debout pour affronter l’équipe de foot qui vient récupérer son ballon. Vos amis sont en colère (soulagés de ne pas avoir pris le ballon en pleine poire quand même), et prêts à en découdre.

La faute est facile à identifier ! les footeux arrivent en désordre. En effet, ils se disputent déjà pour savoir à qui la faute si le ballon est sorti du terrain…

Cette histoire finira peut-être en mini pugila des temps moderne…

Et lorsque, le maître, la maîtresse accourra pour prendre le plus bagarreur (vous, bien remis !) par l’oreille (oui, on était au XXème siècle, les atteintes physiques étaient autorisées), vous répondez :

 « Mais, ça n’est pas de ma faute, c’est l’autre ! »

C’est l’autre qui vous a envoyé le ballon dans la figure ; qui a récidivé, peut-être ; qui a fait exprès, on s’en doute ; qui ne s’est pas excusé, le malotru ; et qui a frappé le premier à la fin ! »

Aussi étrange que cela puisse paraitre, l’être humain travaille assez peu à faire évoluer cette première habitude au cours de sa vie : accuser l’autre. Cette stratégie doit donc avoir une redoutable efficacité coût/bénéfice.

Que ça soit pour « punir » celui qui par qui il s’est offensé, détourner l’attention, la peur de la punition, ou la protection de son estime de soi, le petit humain, par instinct naturel de protection comprend vite que ne pas « prendre sa part » c’est : au pire, éviter un désagrément ; au mieux, se trouver revalorisé, réparé, bref avoir pris soin de son ego, et de son image vis-à-vis des autres.

Mais décidément, vous n’êtes pas convaincu du rapport entre cet exemple est la crise covid ?

Tous responsables ? De l’auto-flagellation à la dilution de responsabilité

De manière étrange (pour ma vision du monde), de nombreuses personnes trouvent injustes de reporter la responsabilité sur les individus, car cela serait pour eux, selon les sensibilités : absoudre les politiques, les directeurs d’entreprises, les groupes d’influence, bref, tous les gens qui prennent les décisions ayant un impact majeur sur un grand nombre d’autres.

Pour ma part, je regrette cette dichotomie, qui conviendrait à considérer que ces individus ne sont plus des individus lorsqu’ils sont à des fonctions de direction ou d’influence. Je trouve dangereux de substituer « une âme et conscience » individuelle par une fonction, qui par nature, n’a ni âme ni conscience. Cela fait douloureusement écho au « langage administratif » du IIIème Reich, décrit par Annah Arendt, ou comment les procédures et les fonctions se substituent au libre-arbitre et à la responsabilité individuelle.

 Or, la vision des choses change lorsqu’on se rend compte qu’au bout, il n’y a toujours qu’un individu, ou un groupe d’individu[1] qui décide. Car qui dit responsabilité individuelle dit aussi responsabilité individuelle des personnes au sein de leur fonction. On assiste aujourd’hui à une forme de dilution de la responsabilité individuelle, transformée, dans l’entreprise comme dans la société civile, par un déplacement de la responsabilité de l’action, sur la personne hiérarchiquement au-dessus, ou au-dessous, et cela, jusque dans les plus grandes organisations. (Pour aller plus loin :  Lebrun, Pierre-Brice. « La responsabilité », Empan, vol. 99, no. 3, 2015, pp. 105-109.)

Or, si la notion est strictement encadrée de manière juridique et assurancielles, une confusion existe souvent chez les individus, entre responsable et coupable… Pourtant, là où la culpabilité se juge fasse à une infraction, la responsabilité elle, est constitutive de chaque être.

Ainsi, pour beaucoup, endosser une responsabilité, revient à assumer une culpabilité. Or, la culture judéo-chrétienne des sociétés a très bien construit les limites de l’émancipation humaine par la culpabilité : où, comment derrière chaque choix individuel l’on doit assumer « les conséquences de ses actes » … « Tu ne peux pas faire ça à ta mère, à ta famille ». Pour supporter la pression, de tous temps les réponses ont été, pour soi, d’en appeler à la contrition ou la décision « supérieure », et pour les autres, à la punition ou l’expiation.

Alors, comment aujourd’hui pouvoir assumer la responsabilité de ses choix et ses actes face à des enjeux sociétaux aux conséquences majeures face aux autres, sans que cela n’entraine l’opprobre générale ? Demandez aux maires, en cette période de déconfinement…

Qui peut oser se dire responsable dans notre monde ?

Mais cette réticence à affirmer sa responsabilité se retrouve toute la vie, à toutes les échelles de la société.

Mon cadre d’expérience est intéressant : les réunions de chantiers dans le BTP. Un chantier de bâtiment étant un lieu fait de mini crises quotidiennes (quand elles ne sont pas maxi… Surtout en milieu occupé dans des logements…), l’expérience de la responsabilité est apprenante !

Tentez de résoudre un problème en demandant qui a fait, ou n’a pas fait, ce qui vous pose problème… Vous êtes assuré de partir sur un échange de deux heures de renvoi de patate chaude, chacun vous expliquant pourquoi il n’y est pour rien… A se demander qui fait quelque chose dans ce chantier !

J’ai fini par mettre en place une tactique. A deux niveaux.

Si vos interlocuteurs sont relativement sûrs du monde dans lequel ils évoluent, leur expliquer que votre intention est avant tout « de comprendre ce qui s’est passé, donc la chaine des évènements, à la fois pour trouver la meilleure manière de régler collectivement le problème, et de réfléchir pour anticiper au moyen de l’éviter une prochaine fois » devraient suffire à les « rassurer », et vous permettre d’avoir des réponses. Cela fonctionne avec des personnes à bonne estime de soi, compétentes, capables de se remettre en question.

Malheureusement, cette tactique ne fonctionne pas toujours. Il en existe une autre, à n’utiliser que si vous êtes sûr que votre « position sociale ou fonctionnelle » vous évitera la lapidation : dites que c’est votre faute (oui, car il faut, à ce moment-là, employer un vocabulaire qui entre dans la vision du monde de vos interlocuteurs, et ici la notion de faute, et donc de coupable, a encore la vie dure), et que vous êtes bien conscient qu’à la fin de l’histoire on finira par trouver une raison pour que ça soit quelque part votre faute, donc pour leur faire gagner du temps ! Et vous le posez : la détente sur les visages est immédiate (aussi véridique qu’étonnant !).

Bien sûr ces exemples sont circonscrits, sans public. L’exercice est impossible dans un contexte médiatique… Dans le premier cas, on vous conspuera de ne pas désigner de coupable, dans le second… vous serez pendu (socialement au moins), et sûrement, attaqué en justice. Car si, à notre époque, on ne brûle plus les chats noirs, ni les sorcières, le bouc-émissaire reste quand même un moyen bien pratique de décharger la pression, et de se détendre… même temporairement.

Quand on vit dans une société d’individus qui a besoin de coupables, de gens qui ont commis des fautes, ce qui permet de garder la vision d’un être humain qui maîtrise totalement les évènements, et que tout ce qui se vit a nécessairement une raison humaine, que ça soit par malveillance, incompétence, négligence ou parce que des humains, que certains prennent peut-être pour des dieux, n’ont pas réussi à faire mieux que de leur mieux et que ça n’était pas suffisant ?

Vous ne mangez pas de Pangolin ?

Vous ne voyez décidément pas le rapport avec la crise sanitaire actuelle ? Vous ne vivez pas en Chine, et vous ne mangez pas de Pangolin ? Vous n’avez aucun lien de parenté avec un laborantin chinois de la région de Wuhan, et vous avez cousu 18 masques et êtes sorti 3 fois en deux mois, en éternuant dans votre coude, donc clairement vous n’y êtes pour rien ! Et si vous faisiez le test, là, chez vous, de vous dire que, vous assumez que potentiellement, ça soit « de votre faute » ? C’est un exercice intéressant, quoiqu’un un mauvais moment à passer (et puis, on ne vous oblige pas réellement à goûter du pangolin !).

Vous pourriez, de manière totalement hypothétique, dans une autre vie, dans un autre contexte, vous retrouver à l’origine d’un choix ou d’un accident qui crée une série de conséquences qui échappent totalement à votre contrôle… oups… Profitez de la magnifique capacité de votre cerveau à créer une vision du monde pour vous projeter dans un monde où vous seriez l’apprenti sorcier, et qu’une fois, en achetant un mauvais bout de viande au marché, ou en sortant de votre première journée de stagiaire d’un laboratoire de haute-sécurité, vous auriez éternué… entrainant une réaction en chaine incontrôlable…

Quel que soit votre position dans la société, votre rôle, chacun des actes que vous faites est interdépendant de millions d’autres. Et le monde des humains vient de se rappeler que certains actes les plus infimes, commis par les personnes les plus anonymes, peuvent avoir un impact bien majeur que les plus grandes fonctions…

Pour cette raison, il importe que chacun soit conscient de la responsabilité de chacun de ses actes au quotidien. Pour cela, il importe de se rappeler qu’on ne peut pas faire mieux que de son mieux, et donc, que l’intention est la base de la réflexion et de l’action.

Si chacun peut se sentir responsable de sa part, on peut envisager que les visions du monde des êtres humains seront plus proches, car la notion de « responsabilité de ses actes » pourra ainsi être comprise et partagée.

La liberté n’est possible qu’avec la responsabilité… ou l’exemple américain ?

On oublie peut-être que la responsabilité de l’être humain est étroitement associée à celle de sa liberté.  Considérez que nous n’avons aucune responsabilité face aux évènements, c’est considérer aussi que nous abdiquons notre liberté, notre libre-arbitre, nos choix ? On est totalement responsable parce qu’on est libre de ses actes.

Sans vouloir rendre les américains responsables de tout (surtout parce que les rendre responsables, c’est encore leur conférer un pouvoir), et surtout sans généraliser, il apparait clairement que les groupuscules américains qui se « rebellent contre le confinement » en arguant de leur droit à la liberté constituent un exemple de paroxysme de l’endoctrinement d’une partie des humains de ce pays… C’est quand même appuyé sur leur bible, que certains politiques et leurs partisans arguent de la liberté individuelle comme unique mode de vie ; toute allusion à une forme de responsabilité individuelle au service du collectif étant jugée « communiste » … (Pour aller plus loin : Richet, Isabelle. « Religion et politique aux États-Unis : une pas si sainte alliance », Hérodote, vol. 106, no. 3, 2002, pp. 151-166.)

Il ne sert à rien d’essayer d’argumenter face à un convaincu… Mais il est intéressant de voir comment une vision individuelle du monde peut, en se propageant, dans les esprits, créer un monde où l’on est seul, autonome, et si on cherche à nous intégrer à une forme de collectif… contre tous les autres. 

Il est quand même intéressant, de mesurer comment l’absence de réflexion, de débat, d’éducation, de culture, le décrochage social et le désengagement à la vie collective du territoire fait perdre la conscience de l’interdépendance, et donc de la co-responsabilité.

Vous avez un peu de temps ? Vous êtes chez vous ? Vous êtes assis ? Regardez autour de vous et essayer d’imaginer combien d’autres êtres-humain ont contribué à construire les éléments matériels (soyons basiques) de votre environnement ?

Au moins autant d’individus contribuent à construire l’image mentale du monde que vous voyez. Comme pour les objets, vous ne pouvez pas vous en abstraire, mais vous pouvez en prendre conscience, simplifier, trier, et choisir dans quel environnement vous avez envie de vivre… Prendre conscience de la croisée des mondes au sein duquel vous vivez, peut constituer une véritable expérience de transformation.

Etre responsable, c’est prendre le pouvoir ?

Si la tendance actuelle fait rechigner à prendre ses responsabilités, au départ, la responsabilité donne du pouvoir : pouvoir de décider et d’agir.

Mais comme rien n’est figé et que toute réalité, si on n’en dirige pas l’évolution, évolue « naturellement », chacun cherchant à tirer les meilleurs bénéfices et s’éviter les difficultés… L’exemple est très parlant en entreprise… Vous êtes « Responsable » quand vous êtes au premier échelon : en gros, c’est vous qui agissez, donc on suppose que c’est vous qui prenez les décisions… En réalité, aujourd’hui, tout est fait pour que vous ne puissiez pas avoir de liberté d’action : vous devez vous conformer à des procédures, puis à des validations, puis à des autocontrôles, puis à des audits… Par contre, vu que vous agissez, vous risquez d’être la première personne identifiée (ou accusée), en cas d’ «erreur »… Ensuite, ça sera « l’organisation » dans son ensemble, et puis peut-être quelque directeur moins « protégé » que les autres… Il faut dire que les procédures et autres contrôles sont surtout des outils de ménagement des responsabilités des directeurs… Puisque c’est sur cet aspect qu’ils auront à répondre !

Ainsi, on ne construit plus les organisations pour être adaptées et efficaces, mais pour protéger les responsables des erreurs qui pourraient être commises par leur organisation… Une réalité que l’on retrouve en France, de manière aussi tristement caricaturale que réaliste, par la surenchère législative.

Or, cette volonté de « contrôle » et d’organisation semble produire l’effet inverse de son objectif, un peu à l’image des « stratégies absurdes » (de Maya Beauvallet), en déresponsabilisant les individus, sur les organisations, les procédures et les règlementations.

Ainsi, la question des « chaines de responsabilité » est totalement faussée, mais surtout, on a totalement évacué des organisations humaines la part d’humanité des êtres qui y vivent, comme de ceux qui les gouvernent. Ainsi, faire revenir l’humain dans les organisations, est-ce une solution pour rendre aux humains leur reponsabilité, leur liberté, leur agir en conscience ? Car l’être humain reste avant tout un être de pensée et donc lorsqu’il agit, c’est avec une intention. Conscientiser l’intention pour un être humain, c’est regarder en face sa vision du monde. Partager son intention, c’est oser dévoiler sa vision du monde, entendre l’intention d’un autre, c’est lui rendre sa spécificité et son humanité, comprendre la boussole intérieure qui conduit son action.

Savoir pour corriger et apprendre…

Changer de paradigme sur la responsabilité, participe de la construction d’une autre écologie relationnelle, durable et inclusive. Ces notions sont développées par de nombreuses recherches (communication non-violente, cercles restauratifs, etc.). La recherche de coupable, c’est une habitude humaine de traiter les conséquences, et non les causes, un peu comme cette personne qui cherche sa clé sous un lampadaire, pas parce qu’elle l’a perdu à cet endroit, mais parce que c’est là qu’il y a de la lumière…

Or, changer les causes, c’est aborder le monde avec une rigueur plus scientifique, comprendre les biais qui nous guettent à faire des raccourcis rapides : comme avaler du désinfectant pour tuer un virus par exemple. Réfléchir et avancer par analyse stricte et croisée, c’est une manière de prendre en compte la complexité des spectres qui éclairent les différents aspects du monde. C’est ce qui permet, non pas de construire le monde, mais d’en avoir une vision la plus globale possible.

Savoir pour comprendre, c’est avant tout ouvrir son esprit à ce que l’on ne sait pas, c’est envisager des hypothèses nouvelles, c’est imaginer d’autres possibles, et faire advenir dans notre réalité. A ceux qui croient que l’efficacité vient des gens prompts à donner la solution d’un problème, je voudrais plutôt proposer que l’efficacité vient d’abord de la capacité à faire un diagnostic d’une situation, et d’en tirer des apprentissages qui pourront nourrir l’expertise pour affronter de nouvelles imprévisibilités. Mais pour cela, il faut à la fois s’être construit une solide vision du monde, et avoir la capacité de la remettre en question dans le présent. (Pour aller plus loin : « le cygne noir » de Nicholas Nassim Taleb)

Nous pratiquons déjà cette manière de faire dans certaines parties de notre vie, lorsque nous apprenons, c’est pour créer et transformer : pour parler, écrire, faire du piano, la cuisine ou du tennis. Chaque pratique astreint à un apprentissage qui doit être dépassé pour créer et improviser, à partir de gammes et d’exercices sans cesse répétés. Là où nous avons le droit à l’expérimentation et à l’erreur, là où la responsabilité n’entraine pas de culpabilité, en tous cas, s’il est collectivement admis que nous faisons de notre mieux.

Dans les organisations aussi, nos procédures, nos contrôles et nos retours d’expériences doivent être le support pour aller plus vite et plus loin vers nos objectifs d’une société résiliente et durable. Changer son regard sur la responsabilité, sur le pouvoir et sur l’intention sont les pierres de fondation de cet édifice, celui de l’éthique.

Sinon, on reste dans le monde où accuser l’autre permet de décharger sa propre frustration, de se laisser aller à ses propres aspirations… dans un monde où, s’il n’y a pas vraiment d’agneaux, l’homme est condamné à rester un loup pour l’homme…

Version Fable : « Le loup et l’agneau » de Jean de la Fontaine

La meilleure façon de faire passer un message reste de raconter une histoire…

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
– Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
– Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
– Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tette encor ma mère.
– Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
– Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
Jean de La Fontaine, Les Fables


[1] Qui peut avoir aussi un effet protecteur, dans les jury d’assise par exemple

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