Aller vers un monde plus durable – un rôle clé pour les entreprises ?

Le sujet abordé ici est global au sens premier : la question d’un monde soutenable ou durable concerne la terre entière, le vivant – dont nous faisons partie et dépendons-, au-delà des frontières, et couvre des problématiques multiples.

« Les entreprises » est une famille d’une grande diversité : l’entreprise est un objet polymorphe, par la taille, par le type d’activité, par la gouvernance, par l’actionnariat, par les multiples relations et interactions avec son environnement, ses parties prenantes.

Aussi, dans les lignes qui vont suivre, les questions abordées, les liens proposés reflètent une vision forcément subjective et partielle. Je serais heureux de la consolider, de la faire évoluer avec les critiques et savoirs qui pourront lui être opposée.

Ceci étant dit, bonne lecture !

La question de la soutenabilité ou de la durabilité occupe depuis une dizaine d’année une place croissante dans les médias, chez les citoyens, dans la recherche académique et depuis peu dans la bouche des politiques (je n’irai pas jusqu’à dire dans les programmes politiques[1]).

Il est très difficile de définir ce qu’est un monde durable ou soutenable, mais on peut affirmer que c’est une question qui touche l’ensemble des humains sur terre. Elle engendre des attentes, des critiques vis-à-vis des différents types d’acteurs : les entreprises, les politiques, les consommateurs, les citoyens.

Un aspect y est bien souvent récurrent : c’est l’autre qui est responsable et à lui donc de porter d’abord le changement (on peut y voir un écho aux concepts de rivalité mimétique et de bouc émissaire développé par René Girard[2]). La soutenabilité étant un problème pour tous et le problème de chacun, elle est aussi le problème de personne.

Concernant les entreprises, aller vers un monde soutenable, soulève entre autres questions :

  • Quelles sont les attentes, les demandes explicites ou implicites envers elles ?
  • Quelles responsabilités– objectives ou perçues – quant à la situation présente et à la construction d’un « monde soutenable » ?
  • Que peuvent-elles ?
  • Quelles solutions proposent-elles ?
  • Quelles sont leurs initiatives ?
  • Quelle différence d’approche suivant les cultures ?
  • De quelle influence et de quel pouvoir disposent-elles ?
  • Quelle place « juste » pour les entreprises dans ce chantier ?

Où en sommes-nous ?

Le monde, la soutenabilité, what else ?

Avant d’aborder les enjeux, un petit détour par le Larousse :

  • Le monde : définition (s)
    • Ensemble de tout ce qui existe, de façon réelle et concrète 
    • Système solaire : Les théories sur l’origine du monde.
    • La Terre, la surface terrestre, le globe terrestre
    • La nature, ce qui constitue l’environnement des êtres humains 
    • Ensemble des êtres humains vivant sur la Terre (6 milliards d’habitants)
    • Un nombre indéterminé de personnes
    • Un nombre important de personnes
    • Personnes à qui on a habituellement affaire
    • Milieu, groupe social défini par une caractéristique, un type d’activité
    • Ensemble de choses ou d’êtres formant un tout à part, organisé, un microcosme
    • Ensemble de choses abstraites, de concepts du même ordre, considéré globalement
    • Ensemble des personnes constituant les classes sociales les plus aisées
  • Soutenable qui en français est plutôt associé à durable :
    • Soutenable : qui peut être défendu, appuyé par des arguments sérieux ; qui peut être supporté, enduré
    • Durable : de nature à durer longtemps, qui présente une certaine stabilité, une certaine résistance

Autant soutenable ou durable pointe un concept clair, autant on peut interroger l’association avec le mot « monde » pour définir l’objectif vers lequel nous devons tendre, vu la diversité de concepts auquel il renvoie.

Comme l’attestent différents travaux dont ceux de Rockstrom[3], le monde menacé est en particulier le monde humain, via l’environnement dont il dépend.

Sous l’angle de l’environnement, l’insoutenabilité de notre monde tel que nous l’avons organisé est couramment associée aux 9 limites planétaires popularisées par le Rockstrom :

  • Climat
  • Acidification de l’Ocean
  • Ozone Stratosphérique
  • Cycle biochimique de l’Azote et du Phospore
  • Usage de l’eau douce
  • Deforestation & usage des terres
  • Biodiversité
  • Pollution de l’air (aérosols)
  • Pollution chimique de l’environnement

En 2009, 3 limites étaient dépassées. Depuis, la situation n’a fait que s’aggraver. Le Phosphore a aussi dépassé sa limite.

En octobre 2019, le CGDD[4] a publié un document sur l’état de l’environnement en France présentant une analyse sur ces 9 limites planétaires[5].

La soutenabilité renvoie aussi à une dimension moins physique mais incontournable pour conduire la transition environnementale : justice sociale, inégalités, répartition des richesses, … (confère le concept du Donut[6] popularisé par K. Raworth, figurant sous le plafond environnemental des limites planétaires de Rockstrom, le plancher des limites sociales). De plus, même si les limites environnementales sont globales, il est essentiel d’intégrer la dimension locale compte tenu de la diversité des contextes et des cultures.

Même si des incertitudes restent présentes comme dans toute démarche scientifique, le constat est sans appel : compte tenu des conséquences directes, de leur irréversibilité et de leur dimension systémique, la poursuite d’une trajectoire « business as usual » :

  • Est à ranger dans les utopies, car les externalités et leur coût ne permettront pas sa réalisation
  • Revient à scier de plus en plus vite la branche sur laquelle l’humanité repose.

Une transformation majeure ramenant les impacts anthropiques dans les limites des équilibres des systèmes biophysiques planétaires reste à opérer.

Quelle responsabilité pour les entreprises dans la situation actuelle mais surtout, quel rôle dans la route vers un monde durable ? 

Les entreprises : « vers l’infini et au-delà », et après ?  

Une entreprise est un dispositif de création collective, qui a vocation à produire des biens et des services destinés à la consommation, elle doit réaliser à minima un équilibre de ses comptes de charges et de produits. Les entreprises peuvent revêtir des formes juridiques variées et dans leur grande majorité, elles ont statut de société[7], et ont un objectif de profit, de création de valeur.

Les ressources naturelles n’étant, avant exploitation, possédées par personne, et sans prix (la Terre ne les vend pas), on pourrait comparer le comportement de l’entreprise à celui d’un prédateur, en concurrence avec d’autres pour accéder aux meilleures ressources. L’entreprise se rapprocherait ainsi d’un groupe de chasseurs-cueilleurs, pour qui, en tant que nomades, la préservation de son environnement n’entre pas en considération première (puisqu’il se déplace lorsque la ressource recherchée n’est plus disponible ou accessible efficacement).

Certes l’accès à la ressource est souvent encadré, mais dans une économie de marché, dans laquelle la compétition et la rivalité sont des valeurs reines, quelle place « naturelle » pour la chose commune ou la chose publique dans la stratégie des entreprises ?

La quête de la maximisation des profits par les entreprises a ainsi constitué une dynamique de renforcement de l’insoutenabilité de nos modes de vie et de production, en étant un facteur de dommages sociaux et environnementaux :

  • Transferts des coûts et des risques des actionnaires à d’autres parties prenantes
  • Croissance des inégalités internes
  • Court-termisme : passage de 50% des bénéfices réinvestis en 1970 dans l’entreprise à 12%
  • Modèle concurrentiel, efficience comme graal (réduction des coûts favorisation le moins disant social et environnemental)
  • Innovation irresponsable

Ceci conduit actuellement à des remises en question de la gouvernance des entreprises dans le contexte des défis de la soutenabilité (confère loi Pacte, entreprise à mission, B-corp).

Il ne s’agit pas ici de clouer au pilori les entreprises mais d’apporter un éclairage sur les dynamiques à l’œuvre.

Quoi qu’il en soit, l’entreprise a un rôle nécessaire à jouer pour relever le défi de la soutenabilité et dispose d’atouts :

  • une puissance d’innovation remarquable
  • une capacité d’entrainement
  • une capacité à mobiliser et orienter des ressources humaines et financières importantes

Quelles sont les évolutions d’ores et déjà en cours ?

Une accélération dans la prise de conscience, mais peu d’actions et de résultats

Les bases du constat scientifique ont été posées dans les années 70, avec notamment le célèbre rapport du club de Rome, « The limits to growth »[8] pointant un certain nombre de limites à notre « mo(n)de » de vie.

Après 30 ans d’une lente montée en puissance (via divers organismes internationaux tel le GIEC), les enjeux du climat, de la pollution et plus largement des limites planétaires, connaissent depuis 5 ans environ une présence socio-médiatico-politique sans précédent.

Des sujets réservés à des cercles de crypto-écologistes jusqu’à il y a encore un ou deux ans, tels que la décroissance, les effondrements, la sobriété, les enjeux de matières premières, l’ensemble des pollutions auxquelles nous nous sommes exposés, font maintenant régulièrement la une de médias mainstream, et alimentent les discussions autour de la machine à Nespresso : what else ! (par exemple l’émission scientifique de France Inter, « la Tête au carré », est devenue « la Terre au carré » à la rentrée 2019, dédiée désormais à l’écologie et l’environnement).

Côté politique, suite à la COP21, à l’accord de Paris et plus récemment aux marches pour le climat, le sujet a pris une place importante dans les déclarations sans que pour l’instant nous en soyons à « Agir en cohérence avec les ambitions »[9].

En résumé, on en parle beaucoup, mais dans les actes et les résultats vis-à-vis de notre environnement, nous continuons gaiement notre trajectoire Business As Usual, droit dans le mur.

… conduisant à une présence croissante de la RSE pour les entreprises

Du point de vue des entreprises, cette montée en puissance des sujets environnementaux (mais aussi sociaux avec notamment les conditions de rémunérations ou de travail des acteurs tout en bas de la chaine de valeur), a conduit :

  • à une attente des consommateurs, engendrant un risque d’image pour les entreprises, conduisant. à engager et promouvoir des pratiques vertueuses
  • à des obligations règlementaires et de reporting RSE
  • à une préoccupation des investisseurs, notamment liée au risque de dépréciation de leurs actifs.

La traduction de ces préoccupations ou pressions s’est faite différemment suivant les cultures :

  • En France et plus généralement en Europe :
    • des entreprises se sont engagées en se positionnant sur le créneau de l’engagement RSE, afin de se démarquer des acteurs traditionnels et tenter de faire de leur engagement un avantage concurrentiel.
    • Des normes nationales ou internationales ont émergé ainsi que des labels indépendants
    • La puissance publique s’est emparée du sujet et a depuis les années 2000 renforcé les exigences RSE et les acteurs concernés par celles-ci (DPEF, reporting intégré, …). Dans le secteur de la finance, en complément de l’ISR, se multiplient depuis deux à trois ans, les initiatives pour créer des standards d’évaluation des investissements vis-à-vis de leur soutenabilité, compatibilité 2°C, ….
  • Côté anglo-saxon, même s’il y a des points communs, la culture d’une puissance publique beaucoup moins interventionniste donne une place beaucoup plus faible au cadre règlementaire. Cela transparait dans des discours tels que ceux de Ray Anderson[10], fondateur d’Interface, pionnier du DD en entreprise dès les années 1990. Son discours porte une vision où le business, via, l’effet d’entrainement des pionniers suffira pour motiver l’ensemble des acteurs. Le discours de Harish Manwani, COO d’Unilever, traduit aussi cette vision[11].

Le philosophe R. Edward Freeman, dans sa conférence de novembre 2018 – “The New Story of Business: Capitalism in the 21st Century”[12] développe une pensée invitant à se ressourcer aux origines du capitalisme, qui dans sa genèse porterait le bien commun et la préservation de l’environnement. A ce titre, la manière la plus rapide de développer un business soutenable, de nous amener vers un monde durable serait de laisser la main aux entreprises et au marché, avec un minimum de régulation.

Cette approche anglo-saxonne, mais aussi dans une moindre mesure l’approche franco-européenne, conduisent à confier à l’entreprise un rôle majeur, avec une plus ou moins grande autonomie dans le chemin vers un monde durable.

Cependant, dans la majorité des cas, une entreprise, comme nous l’avons vu, n’a pas d’intérêt – par ses fondements – quant à la préservation de la chose publique ou de communs[13], mais se développe au contraire en privatisant le droit d’exploiter – directement ou indirectement – une ressource à fortiori commune. Dans quelle mesure, la délégation d’une responsabilité et d’une autonomie aux entreprises sur les sujets de RSE ne peut-elle s’associer à une forme de privatisation d’une question commune ?

Pourrait-on ainsi voir la RSE comme un prolongement de la pensée néo-libérale ?

Que peuvent faire les entreprises (de plus) ?

Les politiques RSE, symptôme ou remède ?

Divers experts ou praticiens pointent les limites des différentes approches RSE des entreprises ou des investisseurs pour contribuer à « résoudre » les problèmes du développement durable :

  • Certains acteurs ou activités peuvent concilier performance business et réduction de l’impact environnemental/sociétal (au global ou par unité produite, ce qui relativise le bénéfice dans une perspective de croissance de l’activité, du CA et de l’EBITA). Ce cercle vertueux est-il généralisable à l’essentiel des activités (ce qui serait nécessaire) ?
  • Les certifications ISO, les labels, la trinité « Vision, Mission, Valeur » conduisent-elle à suffisamment mettre en œuvre les transformations de fond nécessaires ou sont-elles utilisées comme des pares feux permettant de gérer le risque image/compliance/dépréciation pour nombre d’acteurs ? C’est un argumentaire que développe le philosophe Michel Feher dans « Le temps des investis, essai sur la nouvelle question sociale »[14]
  • La mise en place d’outils, de processus, de reporting pour piloter la RSE n’est en soi qu’un outil, qui utilisé sans engagement de fond, ne portera pas de fruits très significatifs, voire pourra même conduire à un désengagement des forces vives de l’entreprise sous l’effet de la dissonance cognitive et de la déresponsabilisation permise par l’ensemble du corpus procédural.

Il ne s’agit pas ici de jeter la pierre sur les entreprises : elles répondent à une de leur raison d’être première (le profit), aux demandes des détenteurs de capital et à l’injonction vitale de compétitivité économique imposée par le marché.

Comment et pourquoi pourraient-elles faire plus ?

Pour faire plus, il y a certes une question de « pouvoir » mais aussi une question de « vouloir » au sens de la motivation.

Concernant le pouvoir (capacité ou force), la réponse est assez simple : les entreprises peuvent beaucoup. Une entreprise, en tant que groupe d’individus dirigés et soumis à une autorité centrale a la capacité et le savoir-faire pour coordonner ses actions et ses ressources dans un but et le faire avec efficacité.

La question semble résider davantage dans le « vouloir », la motivation à faire.

Pour des groupes humains (d’une taille jusqu’à quelques centaines), suite probablement à la sédentarisation, le souci des communs (gérés par la communauté), la soutenabilité et la solidarité seraient devenus des motifs de décision et d’action concrète.

Pour une entreprise, le souci d’autrui, de la communauté, de son environnement n’a pas de place en tant que tel dans sa stratégie, de par sa nature et sa finalité (sans aller jusqu’au propos développé  dans « The corporation », qui en soumettant la personne morale que peut être une entreprise au DSM IV conclut qu’elle serait diagnostiquée « psychopathe »[15]).

La question se pose donc de sa motivation intrinsèque, de principe, pour « une action pour un monde soutenable », puisque cette action ne contribue pas, ou alors marginalement, à la « création de valeur »[16].

Par conséquent, qu’est ce qui pourrait motiver les entreprises à s’engager à la hauteur des enjeux dans la soutenabilité, quitte à pivoter dans leur modèle d’affaire ? Quelles sont les conditions pour qu’une motivation de fond émerge, devenant ainsi un inducteur premier au même titre que le profit ?

Quelques entreprises – occupant une part mineure de l’économie – se sont bâties sur l’engagement et se sont saisies de questions de soutenabilité[17]. Même si elles sont porteuses d’espoir, elles restent limitées en terme d’impact et d’engagement compte tenu du besoin de compétitivité nécessaire à leur survie, dès qu’elles sont sur un marché de concurrence (libre et non faussée ;-)).

Pour la grande majorité, une prise en compte à un niveau stratégique résulte actuellement d’une menace directe sur leur activité et leur performance. A ce moment-là, ces questions peuvent devenir des priorités, mais pas en réponse au besoin de contribuer à la soutenabilité de notre monde ….

Face aux limites planétaires vues précédemment et à la dynamique des systèmes impactés, on réalise que, lorsque les dommages ou menaces seront significatifs pour les entreprises, il sera déjà bien trop tard pour éviter les conséquences majeures et dramatiques pour notre monde (humain) et rendre notre humanité soutenable.

En résulte la nécessité d’interroger les conditions exogènes qui structurent la motivation et l’action de l’entreprise, en particulier les règles du marché et les conditions d’accès au(x) capital(aux).

Quels changements de société (au-delà des entreprises) seront nécessaires ?

Sans évolution du cadre dans lequel elles se créent, opèrent et se développent, il est donc utopique de penser que les entreprises engageront les stratégies et actions adaptées aux enjeux auxquels l’humanité et son système socio-économique se sont exposés.[18]

Pour citer un célèbre penseur et humoriste du 20ème siècle, Francis Blanche, il est temps de « penser le changement plutôt que changer le pansement ».

Parmi les acteurs impactant structurellement l’activité et la stratégie des entreprises, on peut citer :

  • Les citoyens via leurs comportements, leurs relations à ce qu’ils consomment, leurs engagements
  • Les pouvoirs publics nationaux
    • par le cadre qu’ils fixent à l’exercice de l’entreprise, l’accès au marché et au financement
    • par l’impact direct ou indirect qu’ils ont sur le comportement des citoyens
  • Les financeurs, porteurs de capitaux (mondialisés) qui sont des prescripteurs majeurs sur la stratégie de l’entreprise
  • Les pouvoirs politiques supranationaux, structurant les règles de concurrence et de marché.

Ça doit commencer par toi, moi, nous, …

Au regard de la dynamique des 100 dernières années et son accélération, les changements structurels et systémiques nécessaires représentent un chantier et un défi bien plus grand que ce que l’humanité a pu mettre en œuvre avec force énergie fossile et technologies depuis la révolution industrielle[19] (révolution industrielle dont les entreprises ont été des acteurs majeurs).

Pour que ces changements systémiques s’opèrent, les différents acteurs doivent s’engager dans la transformation. Toute option consistant à attendre que l’autre fasse le premier pas, prenne le premier le risque de la transformation, n’aboutira qu’à maintenir le statuquo.

Repenser les règles du jeu – en particulier pour les entreprises – et sortir du tout économique

La mesure par la valeur « économique », la monétarisation, occupe une place dominante et structurante pour l’ensemble de la société :

  • pour la nation par le graal que représente le PIB, indicateur composite et devenu étalon de la performance d’un pays et de la qualité de gestion de l’état, voire du bien vivre de ses habitants
  • pour les entreprises, au travers d’indicateurs tels que la capitalisation, le chiffre d’affaire et autre EBITDA, free cash flow
  • pour les individus directement par le pouvoir d’achat et sa valeur symbolique, aspirationnelle, de critère de réussite et de bien être.

Il est nécessaire de revoir fondamentalement cette place car ces indicateurs clés ne donnent pas d’information quant à la situation vis à vis des limites planétaires, ni vis-à-vis des diverses richesses d’une société ou du bien-vivre social.

Une révolution copernicienne est donc à opérer pour compter ce qui compte (pour notre bien-être individuel et collectif et pour notre avenir), afin que les actions de l’ensemble des acteurs de la société soient mesurées et guidées à l’aune des grands défis de la soutenabilité de l’humanité (voir notamment l’économiste Eloi Laurent qui illustre cette question des indicateurs adaptés aux grands enjeux dans son dernier ouvrage « Sortir de la croissance »).

Plus particulièrement pour les entreprises, réformer le système comptable pourrait être un levier majeur, par exemple, sur la base des travaux de Jacques RICHARD, qui a développé le modèle comptable « CARE ».

Aux élus, à l’état, de tenir leur place avec l’aide des citoyens

Mettre en place un nouveau cadre ne soulève ni de difficultés techniques majeures, ni de problèmes de compétences ou savoirs scientifiques. Ce cadre renvoie par contre à un changement fondamental face auquel reste l’opposition de ceux qui ont profité ou profitent le plus encore du cadre historique et n’ont donc aucune envie (on peut les comprendre) d’essuyer des pertes.

Les règles du jeu doivent changer ou le jeu lui-même doit changer afin que les communs, le destin de l’humanité soient considérés comme un capital à préserver et améliorer, sans que celui-ci ne soit l’objet d’un intérêt privé. Compte tenu des forces en place, c’est aux citoyens d’agir et de contraindre les politiques à décider et conduire les changements systémiques nécessaires pour espérer un avenir soutenable. Ils sont là pour ça et le temps presse !


[1] il serait intéressant d’évaluer les programmes des candidats à l’aune de la soutenabilité, en s’inspirant de l’institutionnalisation de l’évaluation des programmes tel qu’aux Pays-Bas

[2] René Girard – « Je vois Satan tomber comme l’éclair »

[3] Planetary Boundaries: Exploring the Safe Operating Space for Humanity, in Ecology and Society 14(2): 32. : http://www.ecologyandsociety.org/vol14/iss2/art32/

[4] Commissariat Général au Développement Durable – lien

[5] https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/nouveau-rapport-sur-letat-lenvironnement

[6] https://www.alternatives-economiques.fr/concept-donut-0103201366862.html

[7] « La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter.     Elle peut être instituée, dans les cas prévus par la loi, par l’acte de volonté d’une seule personne. Les associés s’engagent à contribuer aux pertes. » — Code civil français, article 18321

[8] https://www.clubofrome.org/report/the-limits-to-growth/ https://www.clubofrome.org/report/the-limits-to-growth/

[9] https://www.hautconseilclimat.fr/publications/rapport-annuel-2019-agir-en-coherence-avec-les-ambitions/

[10] http://www.ted.com/talks/ray_anderson_on_the_business_logic_of_sustainability

[11] http://www.ted.com/talks/ray_anderson_on_the_business_logic_of_sustainability

[12] https://www.youtube.com/watch?v=d54mb0aqrUU

[13] Un commun est une ressource naturelle ou culturelle que partage un groupe, avec des règles précises de distribution, de préservation et de promotion. Une communauté peut très bien se créer en même temps que la ressource, dans le geste même, éminemment politique, où elle désigne telle ressource comme un commun (https://ideas4development.org/communs-developpement/;

https://www.les-communs-dabord.org/parution-lentreprise-commun-dela-de-rse/ )

[14] https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Le_temps_des_investis-9782707197429.html

[15] “psychopathy, e.g., the callous disregard for the feelings of other people, the incapacity to maintain human relationships, the reckless disregard for the safety of others, the deceitfulness (continual lying to deceive for profit), the incapacity to experience guilt, and the failure to conform to social norms and respect the law.” https://en.wikipedia.org/wiki/The_Corporation_(2003_film)

[16] Sur un plan entrepreneurial, la création de valeur consiste à accroître la productivité d’une entreprise pour mieux rémunérer les investisseurs (actionnaires, créanciers, etc.). Cette capacité qui peut aller de pair avec la recherche d’une croissance durable est atteinte lorsque les investissements dégagent une rentabilité supérieure au coût moyen pondéré du capital (source wikipedia)

[17] Voir l’ouvrage « Choisir son monde : Agir au quotidien avec les entreprises sociales écologiques » – H. Le Teno / JM Borello – https://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/choisir-son-monde-9782708245464/

[18] « Les problèmes importants que nous éprouvons ne peuvent se solutionner sur le plan de la pensée où nous les avons créés » A. Einstein.

[19] Pour s’en convaincre, observer la trajectoire historique et souhaitée des émissions de GES : la vraie disruption n’est pas dans la start-up nation !!!

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